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Vivant de petits boulots informels ou de larcins leur permettant de poursuivre leur route vers la frontière Ouest pour un hypothétique passage à Melilia l’enclave espagnole au Maroc, Ils écument la ville nouvelle et certains quartiers commerçants de la ville La halte oranaise des clandestins africains
En effet, et apparaissant jusque-là, timidement dans les rues d’Oran, les concitoyens d’Afrique noire affichent depuis près d’une année maintenant une réelle assurance à circuler dans les artères de la ville. Ils font désormais partie du décor, comme le disent les Oranais. Place de la Cathédrale, Rue Philippe, Rue des jardins, Bd Zabana, sont devenus leurs lieux de fréquentation. Regroupés par communauté et certainement aussi par tribu, ils forment des groupes qui ne se laissent pas intimider aussi facilement comme cela se faisait auparavant. En guise d’hébergement, ils ont choisi les hôtels situés dans ces lieux. Des hôtels non classés, où les conditions de vie et d’hygiène les plus élémentaires n’existent pas. Toutes les chambres sont occupées à l’année. Le nombre de locataires par chambre demeure inconnu, car l’on imagine très mal le gérant ou le propriétaire déclarer le «trop plein». D’autant plus qu’une grosse majorité de ces Africains clandestins, portent de faux documents. D’ailleurs, il ne passe pas un jour que des individus sont présentés devant la justice algérienne pour passeport falsifié, faux visa. Ces hôtels sont devenus en fait, des centres de transit pour des milliers d’Africains en quête d’un ticket gagnant vers l’Eldorado : l’Europe. A part un groupe constant, certainement les relais, les têtes des hébergés changent de semaine en semaine. Ce sont à chaque fois de nouvelles «vagues» qui arrivent, pendant que d’autres ont quitté le territoire. Les rabatteurs africains installés ici, se chargent avec leurs «homologues» algériens de conduire les candidats potentiels jusqu’à la ville frontalière de Maghnia. De là, le passage vers l’autre bord se fait facilement avec la complicité de riverains qui connaissent très bien la topographie du relief et échappent facilement à la vigilance des gardes. De Oujda, il faudra se rendre jusqu’à la ville de Nador, avant de rejoindre, toujours à l’aide de « convoyeurs» la ville de Mélilla ou plus précisément l’un de ses nombreux centres de transit. Le parcours est clair et correspond à une logique bien mise en place. Cela bien sûr ne peut s’accomplir sans contacts dans les capitales de ces villes africaines, véritables institutions informelles à l’immigration. Le voyage est long, coûte cher et s’effectue généralement dans des conditions pénibles. Entre 2.000 et 3.000 dollars par tête. Sans garantie. Il faut prier que la chance soit de votre côté. Tamanrasset et Tindouf, sont les premiers points de chute du candidat à l’immigration clandestine. Ensuite commence le périple vers le Nord, Oran plus précisément. Ceux interrogés, vous diront avoir «fui la misère» qui sévit dans leur pays en raison du chômage qui y frappe fort. Pourtant, selon notre interlocuteur venu du Sud du Mali, «sa situation n’a pas pour autant changé depuis qu’il a débarqué ici car il survit avec le peu d’argent qui lui reste encore». Pour son avenir, «il verra comment se débrouiller … ». En fait, celui ci compte rejoindre l’Europe clandestinement. Son ami, issu du même village natal a lui aussi perdu toute illusion quant à l’amélioration de son sort. Arrivé accompagné de sa femme et de son bébé, il déplore son séjour dans l’un des hôtels de la ville. «Ce n’était pas ce que l’on nous avait laissé croire, car je pensais y trouver un boulot stable». Lui aussi compte tenter le coup ailleurs, il cherche le filon. Tous les autres compatriotes africains approchés vous répondront la même chose quant à leur atterrissage à Oran , «nous sommes venus chercher du travail». La vérité est loin d’être établie, car tous, par solidarité ou par crainte, cachent le véritable motif de leur présence à l’Ouest algérien : l’immigration clandestine vers un pays d’Europe, de préférence l’Espagne ou l’Italie. En effet, ce qui n’était au départ qu’un cas isolé de clandestins qui ont tenté l’aventure à travers Oran, a fini par se constituer en véritable filière tentaculaire née grâce à l’esprit de «collaboration» des relayeurs algériens qui ont constitué la toile et qui s’étend jusqu’à la ville de Maghnia. Armés tout juste d’un petit cabas contenant quelques effets personnels dérisoires, un bout de papier portant l’adresse du contact et certainement de beaucoup de courage, muni de faux papiers (visa d’entrée), le futur clandestin débarque à Oran où l’attendent ses contacts. Avec un peu de chance, des gens de son village. Le reste se conclura vite, en moins d’un mois. Mais il faudra encore payer. Et cash. Désormais tout se paie. Les passeurs ne sont pas des enfants de cœur. Et pas question de tenter de les blouser. Nombre de petits «malins» se sont fait épingler en cours de route par les gendarmes parce qu’ils ont été balancés par leur contact. Ceux qui ont tenté de rejoindre l’autre rive par la mer, ont connu un mauvais sort. Notamment depuis l’application du fameux code ISPS. Les frontières marines sont devenues hermétiques. Beaucoup de naufragés ont été repêchés morts. Du côté d’Arzew ou du littoral Ouest, les morts se dénombrent sans compter. Quelques Maghrébins figurent le lot. Jugeant la mer plus risquée, de potentiels candidats préfèrent étirer de quelques semaines leur séjour à Oran et jouer l’assurance par les frontières terrestres. Mais quand l’argent vient à manquer, et qu’il faut payer la chambre d’hôtel et la nourriture, on se tourne vers les larcins ou les agressions. Une autre galère commence. Pour beaucoup, l’aventure se termine ici. Dans une prison. Il faut dire aussi que certains se sont spécialisés dans la fausse monnaie et l’arnaque. Telle l’histoire de cette fameuse poudre noire qui vous transforme des bouts de papier en billets de 1.000 DA ! Le vice s’installe alors. La prostitution est un autre créneau dans lequel se sont investies beaucoup d’Africaines qui, à l’instar de leurs compatriotes masculins, ont élu elles aussi, domicile dans ces hôtels malfamés où elles monnayent un moment de plaisir. Aïn El Turck, semble aussi l’autre endroit naturel où ces Africains ont trouvé un vent favorable d’acclimations. C’est aussi un endroit privilégié pour écouler la fausse monnaie avec la multitude des bars et d’hôtels qui y sont implantés. Il est clair que tout ce beau monde n’a pu du jour au lendemain s’installer comme ça en un tour de main. Lors de contrôles policiers, effectués dans différents endroits sur des passagers africains, originaires du Ghana, du Mali et de bien d’autres pays, il sera relevé une seule et même date d’entrée « 21/05/2005 » sur tous les documents de voyages. Une coïncidence qui mettra la puce à l’oreille aux services de sécurité. Bien sûr cette date correspond à un « convoi » de candidats. Mais l’on imagine aisément que ce sont des milliers de convois qui ont été expédiés vers l’Algérie eu égard au nombre de la communauté africaine noire qui s’est multiplié par 10 sinon plus, en l’espace de quelques mois seulement. Les faux papiers récupérés sur les clandestins montrent que l’apport de spécialistes et d’informaticiens spécialisés dans la confection des faux visas est très fort, car l’imitation est remarquable. En vérité, depuis sa fondation, Oran a toujours constitué un passage obligé de choix pour tout transitaire. L’avantage qu’offre sa proximité frontalière maghrébine ou euro- méditerranéenne en a fait un centre de transit par excellence, particulièrement prisé par les postulants d’Afrique noire à l’immigration clandestine. Maintenant, les pouvoirs publics se retrouvent face à un autre casse-tête qu’ils ne savent pas comment endiguer. Et pour ces milliers d’Africains, en quête d’un monde meilleur, l’aventure est en quelque sorte l’illusion perdue de Proust.
C. Arslane
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